LE PANCRACE
* Extraits du livre de R. RENAULT : "Pankration Originel"
HISTORIQUE
Depuis les temps les plus
reculés, l'homme a toujours voulu s'identifier à des divinités pour lesquelles
le combat était significatif de pouvoir.
Pour obtenir ce pouvoir tant convoité, les hommes se sont entre-tués et, au
cours de ces luttes sanglantes, se sont développées conjointement des techniques
de combats de plus en plus redoutables.
C'est ainsi que, selon certains mythes, la science du combat aurait été
transmise aux hommes par les dieux eux-mêmes : la violence devenant par la même
occasion un art, un sport et un jeu.
La Lutte
Les différents styles mondiaux
de luttes en corps à corps ont sans aucun doute précédé les nombreux genres de
boxes que nous connaissons aujourd'hui.
Les Sumériens sont les premiers à faire mention d'une lutte opposant Gilgamesh à
Enkidu.
L'Egypte nous a laissé à travers ses bas-reliefs un extrait des diverses
techniques de lutte dont les règles se rapprochaient de celles du catch.
En Grèce, il existait jadis plusieurs systèmes de combats. La lutte elle-même
était divisée en trois styles principaux l'Orthopales, la PaIê et l'Alyndisiz où
le légendaire Milon de Crotone s'illustra en remportant six fois l'épreuve à
Olympie. Fier de sa force, il aimait à l'exhiber : tenant dans sa main une
grenade, il défiait quiconque de lui faire ouvrir les doigts ou d'écraser le
fruit en les lui serrant. Il connut sa première défaite aux 67èmes jeux
Olympiques (512 av. J.-C.), alors qu'il avait dépassé la quarantaine.
Le Pugilat
Si
la Lutte était le sport le plus prisé des Grecs, le Pugilat et le Pancrace
étaient eux aussi couramment pratiqués, si bien qu'ils devinrent très tôt
disciplines Olympiques.
Theagéne de Tasos, par exemple, remporta sa première victoire au Pugilat lors
des 75èmes jeux Olympiques et au Pancrace quatre ans plus tard. Par la suite, il
fut couronné trois fois à Delphes, neuf fois à Némée et dix fois aux jeux
Isthmiques.
Comme tous les autres sports Grecs de l'époque, le Pugilat se pratiquait nu. Les
poings des pugilistes étaient entourés de courroies de cuir appelées cestes,
elles-mêmes parfois recouvertes de lamelles de plomb, de cuivre ou de bois,
destinées à blesser ou à tuer et ce, même si dans la règle Olympique il était
interdit de mettre à mort volontairement son adversaire.
Si la rencontre s'éternisait, on avait alors recours au "Klimax" : à tour
de rôle, chacun des deux adversaires demeurait immobile pendant que l'autre lui
assénait un coup. Le poète Théocrite (315-250 av. J.-C.) raconte de la façon
suivante le combat qui opposa le géant Amykos à Polydeukes :
« Amykos, abruti de coups, porte des blessures autour de la bouche et crache
du sang. Lorsque Polydeukes se rend compte que son adversaire est à sa merci, il
lui assène un formidable coup au-dessus du nez, qui met à nu l'os du front.
Amykos s'écroule, mais parvient à se relever. Alors Polydeukes frappe de nouveau
et ouvre la tempe d'Amykos ; puis il vise la bouche et les dents font un bruit
de crécelle. Amykos retombe, mais réussit à lever la main en signe d'abandon. Il
était proche de la mort... »
Un autre pugiliste célèbre est Diagoras de Rhodes. Ce champion était considéré
comme le meilleur de l'Antiquité. Pindare écrivit en son honneur une ode si
belle que les Rhodiens la firent graver en lettres d'or sur le temple d'Athéna à
Lindos.
Eurydame de Cyrène. entra lui aussi dans la légende à la suite d'un combat :
Ayant reçu un coup qui lui avait brisé plusieurs dents, il préféra les avaler
plutôt que de donner à son adversaire la satisfaction d'avoir réussi une attaque
efficace. Bouche close, il poursuivit le combat et l'emporta.
Le Pancrace
L'origine du Pancrace se perd
dans la nuit des temps pour apparaître brusquement en 648 av. J.-C. à Olympie où
il est fait mention du premier Champion Olympique de Pancrace, un certain
Lygdamus, mais il semblerait qu'il soit antérieur à cette époque car si les Jeux
Olympiques furent institués en 776 av. J.-C., les diverses compétitions
sportives existaient déjà à l'époque de la guerre de Troie (II millénaire av.
J.-C.).
Faut-il donc rechercher l'origine du Pancrace dans la civilisation mycénienne,
ionienne, minoenne ou, pourquoi pas, égyptienne (2600 av. J.-C.) lorsque l'on
sait que l'une des formes de la Lutte égyptienne ressemblait étrangement au
Pancrace Grec ?
Heraclès était lui-même considéré par les Grecs comme le créateur du Pancrace,
tandis que pour d'autres il s'agirait de Thésée, celui-là même qui terrassa le
Minotaure.
Le nom de Pancrace est composé de deux mots grecs : "Pan" qui signifie
"Tout" et "Kratos" qui veut dire "Force" et peut être interprété comme « tout
est permis en force » ou « toute puissance », bien que le terme
employé soit péjoratif, car outre la puissance et la force, il fallait surtout
une bonne technique, les catégories de poids étant inexistantes.
Il existait deux formes de Pancrace : le "Kato Pankration" qui autorisait
la poursuite du combat au sol et le "Ano Pankration" qui l'interdisait.
Ce dernier était employé le plus souvent dans des compétitions préliminaires et
ressemblait à du Kick-Boxing moderne.
Alors que dans la Lutte il n'était pas permis de jouer des poings, ni dans le
Pugilat de se colleter, le Pancrace (Kato Pankration) quant à lui, offrait
toutes les ressources et les ruses du Pugilat et de la Lutte. On pouvait même
continuer le combat à terre jusqu'à ce que mort s'ensuive pour l'un des deux
lutteurs.
Tant qu'ils pouvaient se maintenir debout, leur grande affaire était de frapper
des coups terribles. En revanche, une fois les lutteurs à terre, le combat
changeant de caractère, devenait une lutte acharnée en corps à corps où, roulant
sur le sable ou dans la boue, les deux adversaires se saisissaient et
s'entrelaçaient sans cesser de se porter des coups violents : chacun d'eux
s'évertuant à réduire l'autre à l'impuissance et lui arracher l'aveu de sa
défaite.
L'art du Pancrace, quoique populaire, était très secret dans sa technique et
chaque école, chaque famille détentrice de ce savoir le protégeait au mieux, si
bien qu'il finit par disparaître complètement des pays qui l'avaient vu naître.
Le corps entièrement nu saupoudré de sable très fin, les cheveux longs ramenés
en arrière et attachés sur l'occiput en chignon, le pancratiaste descendait dans
l'arène les bras en position haute et dirigés vers l'avant, pour garantir sa
tête et son visage. Ils gardaient leurs doigts recourbés, à mi-chemin entre main
ouverte et poing fermé, ce qui avait comme double avantage d'être plus rapides à
la saisie comme à la frappe.
La terre fraîchement remuée était aspergée d'eau et les pancratiastes devaient
combattre jusqu'à épuisement total. Seul le coucher du soleil ou l'abandon de
l'un des deux lutteurs mettait fin à l'assaut.
Les combats entre pancratiastes se terminaient parfois par la mort de l'un ou
des deux combattants. L'une des histoires de Pancrace les plus célèbres est
celle de Creugas et Damoxenos qui ont aujourd'hui leurs statues au Vatican.
L'histoire raconte que les combattants ne pouvant être départagés au coucher du
soleil, le combat dut être arrêté, car telle était la règle. On appliqua alors
la loi du klimax : chacun des adversaires avait le droit de frapper l'autre, une
fois à tour de rôle, sans que le frappé ne tente la moindre esquive. L'agresseur
devait dire à son adversaire quelle posture il devait adopter avant de le
frapper.
Ce fut Creugas qui, après tirage au sort, eut droit au premier coup. Il demanda
à Damoxenos de conserver les bras baissés et lui lança un puissant coup de poing
au visage. Ce dernier encaissa sans broncher. Damoxenos demanda alors à Creugas
de lever le bras gauche et c'est alors qu'il enfonça ses doigts sous ses côtes
et en arracha les entrailles.
Arrichion de Phigalée, qui mourut tout en remportant la victoire, fut pris à la
gorge par le bras de son adversaire. Tentant désespérément de se dégager de
cette étreinte, il réussit à saisir le pied (certains disent l'orteil) de
l'autre et à le tordre jusqu'à disloquer la cheville. Incapable de supporter la
douleur, son adversaire leva la main en signe d'abandon au moment même où
Arrichion, étouffé, rendait le dernier soupir. Arrichion fut proclamé vainqueur
à titre posthume. Les agonothètes couronnèrent son cadavre et cette scène a fait
le sujet d'un tableau dont Philostrate donne la description.
Pindar a célébré quelques vainqueurs au Pancrace dans les jeux de Némée et
d'Isthme. Paussanias. dans ses Eliques, parle d'un fameux pancratiaste Sikinien
nommé Sostratos, qui collectionna douze victoires au Pancrace à Némée et Isthme,
deux à Delphes et trois à Olympie, où était érigée sa statue à l'époque où
vivait l'historien. On l'appelait "le casseur de doigts", car son coup favori
consistait à saisir les doigts de son adversaire et à les lui tordre jusqu'à ce
que celui-ci se rendit.
Le Pancrace était également pratiqué par des enfants tel Pythéas d'Egine, qui
remporta la couronne de Pancrace à Némée. Ces combats apparaissent en 200 av.
J.-C. aux jeux Olympiques.
La violence extrême du Pancrace où tout était permis, excepté de crever les
yeux, de mettre les doigts dans le nez de son adversaire, de mordre, de porter
une arme ou d'avoir les mains recouvertes de gantelets, fit de cette discipline
Olympique la plus dangereuse des compétitions dont l'issue était parfois fatale.
En effet, il était pas rare de voir certains pancratiastes mourir des suites de
leurs blessures après plusieurs jours d'agonies.
Dans ces furieux duels titanesques, il leur arrivait quelquefois de transgresser
certaines règles, d'ailleurs les cas de morsure étaient devenus si fréquents au
temps du philosophe Démonax que celui-ci écrivait :
« Ce n 'est pas sans raison que ceux qui suivent les athlètes d'aujourd'hui
les appellent lions. »
Certains philosophes comme Platon ont critiqué le Pancrace et l'ont qualifié de
brutal et peu esthétique. Ils pensaient que, dans l'intérêt de la nation
grecque, il était préférable de former des guerriers.
Pancrace contre glaive
Lors des conquêtes d'Alexandre
et au coeur même de son armée, éclata un dilemme qui opposa deux soldats Grecs
Coragus et Dioxippios Champion de Pancrace.
Coragus se présenta revêtu de son armure et armé jusqu'aux dents. Dioxippios,
quant à lui, arriva sur les lieux de la rencontre entièrement nu et le corps
huilé avec comme seule arme un bâton.
Après avoir esquivé un lancé de javelot et paré un coup de lance à l'aide de son
bâton, Dioxippios se jeta sur Coragus pour l'empêcher de dégainer son glaive et
le projeta violemment au sol.
Comme en témoigne ce récit, le Pancrace se révélait être d'une redoutable
efficacité, même contre un adversaire en arme.
Sparte ou le Pancrace au féminin
Bien que pratiquant la Lutte,
les Spartes se refusaient à concourir au Pugilat et au Pancrace en raison du
lever de doigt qui signifiait l'abandon du combat pour le vaincu, or un
Spartiate ne devait jamais s'avouer vaincu.
En totale contradiction avec Périclès, qui affirme que le Pancrace n'était pas
pratiqué à Sparte, Properce, poète du 1er siècle av. J.-C. écrit :
« O.Sparte nous admirons les lois variées de ta palestre, mais plus encore
les nombreux avantages de ce gymnase où la jeune fille nue, mêlée aux lutteurs,
se livre à des exercices qui n'ont rien de honteux pour elle, alors que de sa
main elle lance la balle, dont le jet rapide trompe l'oeil, ou qu'armée d'une
baguette recourbée elle fait tourner une roue bruyante. Là, à l'extrémité de
l'arène, debout et toute poudreuse, une femme supporte les rudes coups du
Pancrace. Tantôt elle montre ses bras agiles qu'étreignent les courroies du
ceste, tantôt elle lance le disque pesant en lui faisant décrire un cercle. Elle
pousse un coursier autour du stade ; elle attache une épée sur sa cuisse de
neige, et enfonce sur sa tête un casque d'airain ; semblable à une de ces
amazones au sein nu, dont le belliqueux escadron se baigne dans les eaux du
Thermodon ; ou bien encore, les cheveux blancs de givre, elle presse, sur les
sommets escarpés du Taygéte, une meute de Laconie, comme Pollux et Castor
préludant tous deux sur les bords sablonneux de l'Eurotas à des palmes
prochaines, dans les exercices du ceste et de la course aux chars. On dit même
qu'alors Hélène, leur soeur, armée, la gorge nue, se mesura avec eux et que ces
demis-dieux n'en rougissaient point... »
Athénée. trois siècles après, nous parle de son plaisir d'avoir vu lutter
ensemble garçons et filles dans un gymnase de Chios.
A Sparte il n'était pas rare que l'on puisse assister à des combats publics de
jeunes filles qui n'hésitaient pas à se mesurer indifféremment aux hommes.
Sport et corruption
L'argent est à mettre également
au compte des perversions toutes naturelles des athlètes d'antan, tout comme
ceux d'aujourd'hui. Ce qui donne une fois de plus raison au vieil adage :
« L' histoire est un éternel recommencement. »
Le Crétois Sotadès, champion à la course du dolichos aux 99èmes jeux Olympiques
(384 av. J.-C.), courut pour Ephèse contre une somme d'argent importante. Il fut
condamné à l'exil par les Crétois.
Astylos, citoyen de Crotone, champion en 488 av. J.-C. à la course de 600 pieds
et au diaulos, se présenta comme citoyen de Syracuse. Sa statue fut détruite et
sa maison transformée en prison.
Les critiques furent rudes à l'encontre des athlètes. Euripide écrivit à leur
sujet :
« Parmi des milliers de maux qui existent en Grèce, il n'en est de pire que
la race des athlètes. Tout d'abord ils sont incapables de vivre ou d'apprendre à
vivre convenablement. Comment est-il possible qu'un homme qui est l'esclave de
ses mâchoires et le serviteur de son estomac puisse acquérir plus de fortune que
son père ? En outre, les athlètes ne peuvent pas supporter la pauvreté et ne
savent pas faire fructifier leurs biens. (...) Ils brillent comme des statues
dans leur jeunesse, mais, lorsque vient l'amère vieillesse, ils ressemblent à de
vieux tapis défraîchis et déchiquetés. »
Les Champions recevaient comme trophée : une couronne d'olivier à Olympie, de
persil sauvage à Némée, de laurier à Delphes et de pin aux jeux Isthmiques. Mis
à part ces récompenses symboliques, les athlètes étaient payés, en règle
générale, en drachmes, en talents (1 talent 6000 drachmes) et en produits
divers.
Le salaire d'un Champion au Pancrace était de 30 amphores d'huile d'olive
sacrée, ce qui équivaut en francs actuels à environs 14400 Francs. De plus,
l'athlète couronné était nourri à vie aux frais de la cité et exempté d'impôts :
enfin il n'était pas rare qu'on lui élevât une statue.
Le Pancrace importé en Asie
Les soldats Grecs étaient
entraînés à de nombreuses formes de combats. Outre le travail des armes, il y
avait celui du combat à mains nues qui comprenait les différents styles de
Luttes, le Pugilat et bien entendu le Pancrace qui était la synthèse des deux
systèmes précités. Nous savons que les armées d'Alexandre-le-Grand, ont traversé
de multiples contrées et ont donc profité d'un savoir militaire unique au monde
qui a très certainement contribué à faire évoluer le Pancrace.
Arrivés aux portes de l'Inde, les soldats Grecs vont se lasser des conquêtes.
Bon nombre d'entre eux vont même déserter tandis que d'autres vont refuser de
s'aventurer plus loin, si bien qu'Alexandre n'aura d'autre choix que celui de se
plier à la volonté de ses soldats et rebrousser chemin.
Il est fort probable, pour ne pas dire certain, que le Pancrace se mélangea avec
les styles de combats locaux pour se diviser en une multitude de techniques et
de pratiques aussi diverses que le sont les arts martiaux et sports de combats
d'aujourd'hui. Il nous est donc permis de penser que certains vestiges du
Pancrace originel résident dans les arts martiaux Indiens et donc Asiatiques.
Pour s'en convaincre, il suffit de connaître l'origine historique et légendaire
de la plupart d'entre-eux.
L'Inde est à l'Orient ce que la Grèce est à l'Occident. Elle a joué un rôle
important dans la culture, la religion et les arts martiaux asiatiques. Au Vème
siècle en Inde, un prince-guerrier de la caste des "Kshatryas" du nom de
Da Mo (Boddidharma), expert en yoga et divers arts martiaux indiens, découvre
l'illumination et décide de tout abandonner pour fonder sa propre école
philosophique "Chan" ou "Zen".
Il traverse la chaîne de l'Himalaya et arrive dans un temple qui porte le nom de
"Shaolin", ce qui signifie : "Petite Forêt".
La légende raconte que Da Mo resta 7 années à méditer avant d'enseigner ses arts
méditatifs, gymniques et guerriers aux moines de Shaolin, ainsi que sa
philosophie bouddhique.
Ce temple restera longtemps le phare des arts martiaux d'Extrême-Orient. A
l'heure actuelle, nombreux sont les pratiquants d'arts martiaux qui revendiquent
l'appartenance de leurs arts aux origines de ce fameux temple et de ses
combattants hors du commun. Pour eux, tout commence à Shaolin et avant Shaolin
les hommes ne savaient pas combattre de façon savante. Après tout qu'importe,
chacun est libre de croire au Père Noël s'il le désire.
Il serait cependant erroné de penser que le Pancrace est à la base de tous les
styles de combats. La guerre et la violence sont enfouies au plus profond de
l'être humain et les divers peuples d'Asie ne semblent pas avoir attendu
l'arrivée des Grecs ou de Boddhidarma pour se "dérouiller", témoins ces
statuettes du Vème siècle av. J.-C. découvertes en Chine qui représentent un
style de combat proche du "Shuai Jiao" (Lutte Chinoise). Néanmoins on
peut penser que dans un souci d'amélioration des diverses techniques de combats,
le Pancrace a eu à jouer un rôle non négligeable dans l'évolution et la
perfection des systèmes de combats de l'époque. En effet. quel autre peuple
antique que le peuple Grec a eu l'idée d'élever le sport - et en particulier les
sports de combats - au rang de disciplines nationales et créer les jeux
Olympiques ?
C'est ainsi que certaines techniques de Pancrace se retrouvent dans plusieurs
systèmes de combats anciens et modernes.
Le Pancrace à Rome
A Rome on retrouve le Pancrace
et plus particulièrement à l'époque de Caligula et de Néron. Les différents
types d'assauts à mains nues devinrent à Rome une passion et une mode, si bien
que l'on payait fort chères les leçons de ceux qui se distinguaient lors des
tournois.
Mais comme tout ce qui est mode est éphémère, il se fera très vite oublier et
les tournois de Pancrace se feront de plus en plus rares, la tenue et les moeurs
des athlètes Grecs étant choquantes pour les Romains, ils s'orienteront vers les
combats de gladiateurs. Pourtant il continuera à vivre de nombreux siècles au
sein même de l'élite de ces derniers et fera partie intégrante de leur
entraînement.
L'empereur Néron, musicien, poète et athlète raté participa lui-même aux jeux
panhelléniques où il remporta la victoire aux différentes épreuves. Il faut dire
en vérité qu'il les perdit lamentablement toutes, mais les juges craignaient
Rome et son Empereur démagogue ; Aussi ne dirent-ils rien lorsque ce cher Néron
ordonna la destruction de toutes les statues des champions qui avaient triomphé
avant lui dans les épreuves auxquelles il avait participé. Ravi de son séjour en
Grèce, il offrit la citoyenneté romaine à tous les juges et arbitres qui
l'avaient déclaré Champion.
La dégénérescence des Jeux se perpétuera encore pendant plusieurs décennies,
avant de s'éteindre.
Entraînement des Pancratiastes
L'entraînement au Pancrace se
déroulait dans un gymnase appelé "Palestre" dans lequel régnait la statue
d'Hermès et comprenait une forme de combat simulé semblable aux katas de judo :
les "Pyrrics", qui s'effectuaient deux par deux et perdaient de leur
importance au fur et à mesure que la progression et l'expérience du pancratiaste
s'avéraient être parfaites. Outre le Pancrace, toutes les formes de luttes,
ainsi que la pratique de la boxe grecque plus connue sous le nom de Pigmachia,
y étaient étudiées. Mais l'entraînement des pancratiastes ne se limitait pas
uniquement aux formes martiales, il comprenait également un durcissement du
corps par flagellation, ainsi que des exercices gymniques comme la course, le
saut en longueur, le lancement du disque et du javelot, ce qui en faisait des
athlètes complets.
Une préparation allant de un à dix mois était obligatoire avant chaque
compétition. Celles-ci se déroulaient sous l'oeil vigilant des juges-arbitres :
les "Hellanodices", qui étaient vêtus de toges rouges et armés d'une
baguette fourchue.
Le Pancrace comme le Pugilat et la Lutte faisait partie des exercices dits :
"lourds".
Règles des combats de Pancrace antiques
On commençait par
remuer la terre et arroser le sol, puis le pancratiaste arrivait sur le lieu de
la rencontre les bras dirigés vers le haut garantissant sa tête.
Les règles étaient simples : porter une arme, mordre, mettre les doigts dans les
yeux ou dans le nez de son adversaire ou le tuer volontairement était interdit,
mis à part cela les pancratiastes pouvaient utiliser tout ce qui était en leur
pouvoir pour vaincre, y compris briser un ou plusieurs membres si le vaincu ne
levait pas le doigt en signe d'abandon.
N'en déplaise à certains auteurs, les coups portés aux parties génitales
n'étaient pas interdits et même, s'ils ne demeuraient pas une finalité, ils
étaient fréquemment employés
Techniques de Pancrace antiques
L'utilisation des coups de
pieds en Pancrace et en Pugilat était couramment employée. Théocrite de
Syracuse, dans sa fable des Argonautes, nous renseigne au moment où Polydeukes
doit lutter contre Amykos pour avoir le droit de prendre de l'eau.
Amykos : « Un contre un, mains levées, homme contre homme, voilà comment tu
l'obtiendra (l'eau). »
Polydeukes : « Serait-ce à coups de poings seulement ou également à coups de
pieds ; les yeux dans les
yeux ? »
Amykos : « A coups de poings, autant que tu veux et n'épargne pas ta
science... »
Le résultat final de ce combat vous est donné dans la partie réservée au
Pugilat.
Cette statuette en bronze de l'époque impériale montrant un pancratiaste levant
la jambe en "Mae Geri", comme dirait un karatéka, est une preuve
supplémentaire de l'utilisation des coups de pieds en Pancrace
Sur un monument vantant les exploits d'un champion de Pancrace, il est fait mention de ses "pieds larges" et de ses "mains invaincues". Dans une satire sur les athlètes professionnels, Galen attribuait le prix du Pancrace à un âne à cause de son excellence à ruer. Mais il y a mieux ! les coups de pieds retournés et sautés étaient également utilisés et faisaient partie intégrante de l'entrainement au Pancrace, néanmoins il est peut probable que ceux-ci aient été utilisés lors des combats, la boue glissante et la fatigue empêchant ce genre de technique, spectaculaire certes, mais totalement inefficace et irréalisable dans un combat aussi réaliste que le Pancrace.
Régime des athlètes
Des massages, des lavements
fréquents et des bains chauds faisaient partie de l'hygiène des athlètes mais
c'est la nourriture qui demeurait le point le plus important. Le régime
alimentaire des athlètes était composé de pain peu fermenté et presque cru
appelé "Coliphia", de viande, de fruits secs, de fromage frais et de
froment. Les gâteaux frits, la viande bouillie, le poisson et les boissons
froides étaient quant à eux prohibés. Selon Pausanias, c'est Droné qui serait à
l'origine du régime carné des athlètes, mais ces dires sont en totale
contradiction avec ceux de Philostrates.
Les pancratiastes, comme tout athlète, ne buvaient pas de vin immédiatement
après leurs exercices mais de l'eau. Lorsqu'ils mangeaient ils "s'empiffraient"
tellement que le dîner durait de longues heures. De plus, il leur était
conseillé de bien mastiquer leurs aliments afin d'en extraire le maximum
d'énergie. Certaines écoles interdisaient de parler en mangeant ; cela
n'empêchait nullement les pancratiastes de cultiver un sacré appétit. On dit à
ce propos que Milon de Crotone assomma un boeuf de ses poings nus et le dévora
en entier. Nous sommes finalement bien loin de la diététique moderne.
Organisation des Jeux Grecs
On formait un couple de lutteurs au moyen de fèves dont deux étaient marquées "Alpha", deux "Béta", etc. Si les concurrents étaient en nombre impair, par exemple cinq, on mettait dans l'urne une fève marquée Gamma et celui qui la tirait était gardé en réserve pour combattre avec l'un des vainqueurs des premiers combats entre qui avait lieu un second tirage au sort et ainsi de suite.
Fin des jeux
En 393 après J.-C.,
Théodose-le-Grand, devenu chrétien, supprime les jeux qui tirent leur origine du
paganisme antique.
En 399, les écoles (ludi) impériales de gladiateurs sont fermées.
Enfin, en 404, Honorius supprime officiellement les combats de gladiateurs.
Tout comme la gladiature, le Pancrace connaîtra sa chute après plus de mille ans
de gloire.
On a porté. au cours des siècles, des appréciations diverses sur ce goût du sang
et de la violence, où se manifestent certes les instincts les plus primitifs de
l'homme.
Sans entrer dans un débat qui est loin d'être clos - et que rappellent les
controverses à propos des corridas - bornons-nous à constater ce fait de
civilisation en une contrée placée sous le signe de la volupté. de la joie de
vivre, mais toute pénétrée aussi du sentiment aigu de la vanité des choses
humaines et de la présence de la mort.
De l'époque Médiévale à nos jours
La gladiature continuera en Occident sous la forme de duels, quant au Pancrace c'est tout naturellement qu'il se fera adopter par les chevaliers d'Occident avant d'être popularisé auprès du peuple par les troubadours et de devenir l'apanage des bandits Français. Pour la plupart des gens, le Pancrace aurait disparu avec la fin des jeux, or il n'en est rien. En Europe tout du moins, il se mélangera aux techniques de combat des diverses peuplades Celtes, Ligures, Bataves... et continuera à être fréquemment pratiqué par ces derniers ; pour preuve il suffit de consulter le traité de Talhoffer, le livre de Fabian ou celui de Niclause Petters, qui se trouvent au Cabinet des Estampes à Paris (Fig. 5 à 10). A ce titre il est utile de rappeler que le Chausson Marseillais, la Savate et par conséquent la Boxe Française font partie des héritiers du Pancrace antique.
Le combat libre et les défis étaient chose courante en France (Fig. 11). L'un des plus connu est celui qui se déroula en 1905 et qui opposa le ju-jutsuka Régnier au lutteur Dubois (Fig. 12). Régnier, vainqueur de ce combat, perdra quelques jours plus tard face à un lutteur de foire du nom de Witzler.
Une lampe à huile datant du 1er siècle de notre ère (Fig. 13) qui fut découverte à Orange dans le Vaucluse, représente un combat entre deux pancratiastes. Voici une preuve supplémentaire qu'en Provence le Pancrace était une discipline fort prisée. Cette tradition persista longtemps après la chute de l'empire Romain et la lutte traditionnelle provençale appelée Brancaille est là pour nous le confirmer. Cette forme de lutte, qui n'est pas sans rappeler sa cousine Corse la Ghjustra, se pratiquait lors de fêtes votives (roumavage). On pouvait y appliquer les coups de poings, de pieds de coudes, de genoux, de tête ainsi que toutes sortes de clefs, les étranglements et la frappe au sol. Chaque combattant représentait un village. Le combat avait généralement lieu sur de la terre battue, les lutteurs prêtaient serment, promettant de combattre loyalement. Cette forme de lutte disparut du sud de la France dans les années 40 pour devenir une attraction de foire. Après la seconde guerre mondiale un petit nombre de ces lutteurs ayant échappé à la mort se tourneront vers les combats clandestins, tandis que parallèlement un tireur de Boxe Française du nom de Sylvain Salvini essaiera, sans grand succès, de redonner au Pancrace une légitimité sportive. C'est ainsi qu'il faudra attendre 1990 pour voir le Pancrace retrouver un nouvel élans.
Le Pancrace aujourd'hui
Comme nous avons pu le voir à travers ce bref résumé historique, le Pancrace est
incontestablement l'Art Martial Olympique et ancestral du continent Européen. En
tant que tel, il est empreint des rites venus de notre lointain passé et
constitue un véhicule culturel inestimable.
Héritier de l'Art Martial traditionnel ancien, le Pancrace moderne est
dépositaire de règles précises, incontournables, sous peine de n'en jamais
rester qu'à une imitation creuse, imitation sans intérêt réel et extérieur. De
ce fait, la déontologie intimement liée à la pratique du Pancrace est la marque
d'une culture qu'il est indispensable de préserver et de respecter.
